Françoise Lesage, nature oblige

Françoise aime tellement la couleur qu’elle se risque à peine à en parler, peut-être de peur de trop réduire l’émotion que la couleur lui procure ou de trahir la relation privilégiée qu’elle entretient avec elle, une relation qu’elle a nouée toute petite quand la contemplation d’une grande boîte de crayons de couleur lui procurait une joie immense.

De cette première expérience, elle en a gardé un goût qu’elle retrouve dans ses collections d’échantillons colorés: quatre tiroirs de bobines de soies multicolores, son nuancier de céramique fait maison, sa collection de laines teintes par ses soins, ou encore sa boîte de crayons professionnelle. Le plaisir est à chaque fois différent, la matière y apportant sa contribution propre, un bleu sur la laine n’ayant rien à voir avec un bleu sur un carreau de céramique, ni même avec le bleu brillant de la soie!

Chacune de ces collections révèle une facette de Françoise: les fils de soie, ses talents de couturière qu’elle a mis au service de toute la famille. Le nuancier de céramique, un indispensable à son travail de décoration: à l’écoute de ses clients, elle conçoit un projet pour leur douche, leur salle de bain, leur cuisine ou leurs sols. Les crayons sont là pour élaborer l’avant-projet qui sera validé ou modifié, puis réalisé. Françoise transforme les histoires qu’on lui raconte: de ces interactions naissent des décors et des objets fonctionnels: des assiettes en céramique, des tasses ou des abat-jour en porcelaine… Dans ce sens, elle se qualifie plus « artisane » qu’artiste.


Sur cette tasse en porcelaine destinée à un maraîcher, des carottes en relief.

Sa maison est la vitrine de son savoir-faire et de ses talents de coloriste: dans la salle de bain, des libellules se mêlent à des fleurs et feuilles stylisées dans des harmonies de bleu et vert tantôt dynamisées par des éclats de jaune ou adoucies par des éléments plus neutres. Les éviers de la cuisine sont décorés dans le même esprit. Le carrelage, dans différents tons de terre enserrant des hirondelles qui voyagent de l’entrée au salon traversant la cuisine en changeant du bleu turquoise au vert profond, crée un trait-d’union entre l’ossature de bois de la maison et la décoration intérieure.


Baignoire, évier, carrelage, table de travail, tout est fait maison… et les légumes viennent du potager, même les pommes de terre.

Cette maison, Françoise l’a voulue comme un sous-bois. La lumière y filtre en effet ici et là, et plus abondamment au-dessus de la cuisine où un escalier courbe donne l’impression d’un pont suspendu entre des arbres. Les plantes elles-mêmes s’y croient: du haut de la paroi où quelques unes sont installées, des feuilles se laissent tomber en longues grappes. On fait le tour d’une colonne de vieilles pierres qui soutient la charpente et délimite l’espace comme d’un arbre ami. Ce bâtiment, véritable vaisseau, a été dessiné par son mari, Henri Chaumont, et construit entièrement de leurs mains. On sent le souffle de Gaudi dans cette création hors-norme inspirée par la nature.

C’est sans doute dans le travail de la laine que Françoise exprime le mieux sa quête. Avant, elle se contentait d’acheter la laine teinte de manière naturelle et confectionnait des pulls d’hiver pour toute la famille, dans des camaïeux adaptés aux goûts de chacun. De fil en aiguille, elle s’est intéressée aux ressources des végétaux pour fabriquer ses teintures, suivant des recettes répertoriées ou selon son intuition; elle s’est mise à questionner la plante: quelle secret caches-tu ma belle, comment le révéler? Offres-tu toute ta splendeur dans tes fleurs, ou caches-tu des tons magnifiques, insoupçonnés dans tes feuilles ou dans tes racines? Aujourd’hui Françoise m’emmène dans les bois à la cueillette des baies de bourdaine; elles sont noires et pourtant elles donneront un vert très doux. Je pressens qu’aucune plante du jardin ni du bois voisin n’échappera à un essai de teinture.


Dans les bocaux, les fleurs sont prêtes pour les prochaines teintures, les autres sèchent. Le pull, tricoté il y a vingt ans, n’a rien perdu de sa beauté ni de son confort.

Plus récemment elle a voulu se procurer la laine elle-même, et s’est investie dans le projet « laine fleurie »  pour proposer des produits d’artisanat utilisant la laine de moutons qui paissent dans des réserves naturelles de la région wallonne, garantissant une diversité biologique au milieu tout en assurant des espaces ouverts constitués de prairies, sans aucune nécessité d’entretien que leur propre pâturage. Qui dit produit, fût-il artisanal, dit chaîne de production…Du coup Françoise s’est procurée des machines à tricoter, chacune dédiée à un type de fil particulier. L’une d’entre elles a été adaptée pour produire un tricot au départ d’une photographie digitale…et voilà une magnifique clématite déclinée en tricot écru et gris, des tons choisis pour rester au plus près du caractère rustique des moutons.


Les machines à tricoter et la clématite transformée en tricot.

Ce mélange de technologie et de poésie Françoise l’a également déployé dans le projet des moutons ardents  où elle a habillé d’une couverture de leds les moutons d’un petit troupeau, à l’occasion de la fête des lumières de Liège. A la tombée de la nuit, on voyait se dessiner sur les coteaux les mouvements du troupeau rassemblé par un chien de berger.


Au rez-de-chaussée de l’atelier.

Dans cette quête Françoise boucle la boucle, celle qui lie son amour de la nature, sa passion pour la flore, son plaisir d’inventer des recettes et de s’émerveiller des couleurs ainsi produites.

Le travail de céramiste de Françoise est visible ici.


La maison Chaumont-Lesage, et à droite, la petite soeur, l’atelier de Françoise.

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