Christine Lefèbvre, un regard d’esthète


A gauche, Christine et ses bols colorés. A droite, devant un hibou photographié par Christine, un pinceau immortalisé en sculpture

« La couleur », telle a été la réponse de Christine, traversant un passage difficile de sa vie, à un thérapeute qui lui demandait « qu’est-ce qui vous donnerait encore le goût de vivre? ». Longtemps elle s’en est voulu de ne pas avoir dit « mes deux adorables filles », mais aujourd’hui, encore étonnée de cette réponse, elle l’accepte comme l’expression spontanée d’un besoin très profond.

Photographe

Pourtant dans son métier de photographe Christine travaille en noir et blanc. C’est un choix, une nécessité même, pour aller à l’essentiel, pour synthétiser et pour s’éloigner du réel. Il lui serait impossible de photographier en couleur; la couleur est trop bavarde, elle détournerait son propos. La photographie de Christine est plutôt mystique, elle nous invite à la méditation. Le noir et blanc, sublimé par des longs temps de pause, canalise notre esprit, nous donne accès à l’inattendu, à l’émotion, au travail du temps sur les corps et la matière.


A gauche, un bic posé sur un papier dans la cuisine s’offre en nature morte. A droite, trois photographies, décollées de leur support, donnent une touche « art contemporain » à l’ensemble.

Christine admire cependant les travaux en couleur des photographes comme Paul Graham, Harry Gruyaert ou William Eggleston et a toujours été attirée par la peinture de grands coloristes. Adolescente elle adorait Chagall; aujourd’hui, « c’est trop », elle préfère Soulage. Est-ce parce que ses noirs —outrenoirs— lui parlent plus, ou parce qu’elle a eu l’occasion de voir une exposition à la Villa Borghese, à Rome, un cadre coloré qui, par contraste, a renforcé le pouvoir expressif de cette oeuvre sobre, profonde, solide, et même éclatante dans sa noirceur?

Le contraste et l’écrin

Christine aime exploiter le contraste: la couleur oui, mais sublimée par ce qui l’entoure, tel un écrin. Surtout pas d’orgie de couleurs. N’en choisir qu’une, la chérir, l’entourer, la magnifier. La cuisine est un terrain de jeu pour cet exercice. Une nappe noire, puis, au milieu de la table, un potage à base de lentilles corail, et autour, des assiettes couleur brique sur lesquelles elle posera du riz noir, qui mettra en évidence la palette subtile des légumes cuisinés. Les goûts des mets proposés suivront les mêmes règles, aucun pour tuer l’autre, tous au service d’une saveur élaborée avec soin pour la délectation des convives et la plus grande satisfaction de leurs papilles.

Le choix

Tout est une affaire de choix. Quelle couleur mettre en évidence? Quelles couleurs retirer pour ne pas écraser l’élue? Christine aime raisonner par soustraction plutôt que par addition. Elle voit cette même opposition entre la photographie et la peinture; là où le peintre, au départ d’un tableau, rajoute des couleurs, des touches, des traits, le photographe quant à lui, au départ d’un ensemble de photographies, va écarter l’une, amener l’autre, élaguer au fur et à mesure pour aboutir à une série plus percutante.


Ici une plante comme un ikebana, là comme une chevelure

Dans son intérieur la couleur est utilisée avec parcimonie. Des murs blancs mettent en valeur les objets qui lui sont chers, leur touches colorées ont alors plus d’impact, comme ces merveilleux oiseaux de l’artiste Tall Diedhiou qu’elle a découvert bien avant qu’il ne soit célèbre. Pour le séjour Christine préfère un ensemble relativement neutre dans des tons naturels (noir, bois, ocre) et jouera plus volontiers avec des couleurs pour les coussins, les vases, la vaisselle dont elle choisit les nuances avec amour et précision, souvent dans des magasins de seconde main où elle découvre des trésors dont la beauté lui procure une joie quotidienne.


En haut, des savons en grappe et des sculptures de Tall Diedhiou; en bas, une photo de Toni Catany et un bois flotté transformé par Christine en masque africain

Couleur plaisir

Chez Christine, la couleur est plaisir. Elle peut tomber amoureuse d’un vernis rouge qu’elle aura vu sur une amie à la gym, se l’approprier et un simple coup d’oeil sur ses ongles la réjouit alors. Elle n’en a plus jamais retrouvé un aussi beau, du coup, récemment, elle est passée au bleu.

Le beau la comble et la nourrit. Ce magnifique coussin brodé aux tons roses et dorés, bordé d’un galon vert de gris, a imposé à toute la famille un régime de trois semaines de lentilles. Chacun ses priorités! La beauté qui apaise, qui éclaire, qui fait voyager le coeur et l’esprit mérite bien un petit sacrifice vite oublié.

Tout chez Christine est affaire de subtilité, de raffinement, d’équilibre, de dosage, de précision. Elle adore le jaune. Mais pas le jaune « jonquille » et encore moins le jaune « d’oeuf », non, un jaune tirant légèrement sur le vert. D’ailleurs elle aime aussi le vert, pas pour son côté « nature », mais pour ce qu’il lui apporte, comme toutes ces matières nobles que sont le bois, les beaux tissus, les céramiques…Quand jeune maman elle adorait le bleu marine, elle n’hésitait pas à mettre à ses filles des brassières de cette couleur, au grand dam d’autres mères offusquées qui ne concevaient que le rose et le bleu pâle pour bébé!


Christine parcourt la France de festival en galerie et expose régulièrement ses photographies. Elle rêve d’avoir une grande exposition en Belgique où elle a toujours vécu et où elle a appris ce deuxième métier tout en étant institutrice, passionnée d’art, de littérature et de théâtre.

Le livre de Christine: http://www.filigranes.com/livre/lentre-temps/
Son site internet: http://www.christinelefebvre.be/

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